Steve Jobs…

Deuxième article de la nouvelle rubrique consacrée aux analyses de films.

 

Steve Jobs

 

Comment qualifier Steve Jobs ? Était-ce un artiste, un visionnaire, ou bien un simple mégalomane ? Peu importe la réponse, il reste une icône du monde de l’informatique ayant marqué plusieurs générations, il est donc peu étonnant de voir arriver un film lui étant dédié. Je ne me suis jamais vraiment intéressé à la vie de Steve Jobs et je ne suis pas particulièrement fan de la marque à la pomme. Mais force est de constater que sur le papier, Steve Jobs, et je parle du film, a tout pour satisfaire mes petits plaisirs de cinéphile.

Écrit par Aaron Sorkin, réalisé par Danny Boyle et mettant en scène Michael Fasbender dans le rôle de Jobs, je retrouve ici autant de noms que j’ai plaisir à voir sur une affiche de cinéma. Malheureusement le film a souffert d’un certain nombre de difficultés lors de sa préproduction (changement de réalisateur, de studio, etc.). En effet David Fincher devait le réaliser, tandis que Christian Bale incarnait le rôle principal. Tout ça pour dire que le film a bien failli ne jamais voir le jour, pourtant il est bien là et c’est un bide. Avec l’existence d’un autre biopic sobrement appelé Jobs, sortit il y a encore tout juste trois ans, il est possible que le public ne comprenne pas l’intérêt de voir un autre film sur le même sujet. Ce qui est bien bête car Steve Jobs n’est pas simplement différent de cet autre biopic, il est différent de la majorité des autres biopics.

Bon nombre de films biographiques tombent dans un piège que j’appelle la « page Wikipédia ». Il s’agit de films qui ne se contentent que de survoler la vie de la personne en listant certains moments marquant et en dramatisant le tout ; bref de simples films sur l’histoire de l’homme et non pas sur l’homme. C’est là que Steve Jobs a selon moi compris ce à quoi un biopic devrait ressembler. Ici tout tourne autour de l’homme, ce qui nous intéresse c’est sa façon d’agir, d’être, de penser. Pour mettre en scène ceci, la construction du film repose sur une structure en trois actes, trois moments de vie correspondant à la présentation du Macintosh, de l’ordinateur NeXT, et pour finir de l’IMac. Tout au long du film nous suivons Steve Jobs quelques minutes avant de monter sur scène, l’action se situant dans les coulisses de différentes salles de spectacle ; ce qui avec cette construction en plusieurs actes lui donne un côté théâtral. Cela semble complètement assumé par le film qui porte tout son intérêt dans sa narration et ses dialogues. De plus il y a un certain aspect shakespearien qui se dégage du personnage de Jobs, un homme se trouvant en conflit permanent avec les autres et surtout avec lui-même. Comme je l’ai dit précédemment, le film ne se concentre pas sur l’histoire de sa vie mais plutôt sur qui il était, c’est son objectif que l’on découvre, le pourquoi du comment il voulait changer les choses. Et s’il y a bien une chose que le film met en avant, c’est à quel point Jobs était persuadé de l’importance de ce qu’il faisait. À la manière d’une pièce le film est extrêmement fourni en dialogue, une densité maîtrisée par le biais d’une narration rythmée qui permet d’enchaîner ces derniers avec une certaine aisance. À vrai dire je les ai trouvés particulièrement captivant, la tension progresse au fur à mesure et ce grâce aux enjeux qui y sont mis en avant. La panique avant de monter sur scène est palpable, ce qui permet d’assister à plusieurs joutes verbales pour notre plus grand plaisir. Le fait que tout se passe dans les backstages permet de montrer l’envers du décor ; quoi de mieux pour mettre en scène une vision particulièrement intime du personnage ? C’est l’homme derrière les projecteurs que le film nous propose, une autre facette de Steve Jobs ; on ne cherche pas à en faire un héros, ni un antihéros, mais simplement un homme. Si la mission que s’était donné Jobs était d’humaniser les ordinateurs, je vois dans ce film une volonté d’humaniser Jobs, un homme que le public ne connaissait qu’en surface au final.

D’un point de vue technique la réalisation de Danny Boyle est irréprochable, je trouve qu’elle convient parfaitement à l’écriture de Sorkin ; en particulier pour la technique du « walk and talk » propre à ce dernier. Dans le film, Jobs est constamment en mouvement, la caméra se trouve alors être très mobile tout en étant parfaitement stable, comme un souci de perfection. On ressent réellement la pâte de Boyle à l’écran, je pense entre autres aux incrustations de diverses vidéos ou de texte sur les murs. Il sait poser une réalisation sur un propos, sa manière de filmer la construction en trois actes en est un bon exemple. Chaque époque du film est tournée avec une caméra différente. Dans un premier temps il utilise une caméra 16 mm, ce qui donne beaucoup de grain à l’image, collant alors parfaitement avec cette ambiance des années 80. Par la suite le film passe d’une caméra 35 mm à une caméra Arri, cette dernière est très moderne et a la particularité de ne laisser aucun grain. Une technique qui permet de symboliser l’évolution temporelle dans le film, mais aussi celle de la marque ; l’image extrêmement lisse de la dernière partie me rappelle le look sobre du Apple actuel. Le film nous enferme presque constamment entre quatre murs et la caméra a tendance à ramener les personnages dans des endroits assez restreints. Cela dégage un sentiment d’étouffement, comme si on se retrouvait coincé dans la tête de Jobs. À l’image de son souci de perfection, on retrouve un bon nombre de plans symétriques, le cadrage en général étant particulièrement soigné. Le film est construit à la manière de son personnage principal : un homme qui a conçu des machines à son image, elles fonctionnent dans un circuit fermé et son incompatible avec quoi que ce soit. Le rôle est campé par un Michael Fasbender qui a su saisir l’essence même du personnage, un être à la fois cynique et rêveur. Le casting en général est de très bonne qualité, ce qui est bien important pour un film dont les personnages et leurs enjeux sont au centre de l’histoire.

Je n’attendais vraiment rien de ce Steve Jobs, et c’est tant mieux car la claque que je me suis pris fut encore plus importante. Malgré une structure narrative qui peut sembler répétitive, la dernière réalisation de Danny Boyle est un exemple de mise en scène, une véritable chorégraphie qui arrive à s’adapter à l’écriture imposante d’Aaron Sorkin. Le film apporte un grand vent de fraîcheur parmi les biopics, un genre en vogue à Hollywood mais qui a tendance à tourner en rond depuis quelques années.

Thomas Massia

Auteur: Françoise Maine

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